Dworkin propose d’apporter une réponse à la question de la discussion rationnelle
sur les valeurs dans un système juridique en marquant l’inutilité d’une
discussion ontologique sur la connaissance rationnelle et l’objectivité des valeurs.
Il déclare donc sans intérêt de s’engager dans une discussion vis à vis des thèses
qui relèvent de ce qu’il nomme un “scepticisme externe”. Seul un scepticisme
interne à la morale peut être reconnu et discuté. D’un premier point de vue, il
faut comprendre la distinction entre “scepticisme externe” et “scepticisme interne”
comme reflétant une séparation radicale en ce qui concerne les questions
morales entre la morale et l’ontologie qui permet de dénoncer l’absurdité d’un
point de vue épistémologique d’une approche métaphysique et donc extérieure
à la morale pour répondre aux questions d’ordre moral. Cette thèse de la séparation
est cependant elle-même peut-être une doctrine métaphysique. De telle
sorte que l’argument de Dworkin peut être, plus simplement, ramené à la proposition
d’une approche pragmatique. Ne propose-t-il pas de comprendre les
questions juridiques en tant qu’elles sont des questions morales du seul point de
vue de la signification que leur donnent les acteurs du système juridique. Cette
signification est nécessairement une signification d’ordre interne à la morale, s’il
est vrai que les acteurs, les juges en particulier, sont engagés dans le système juridique
et ne peuvent pas se placer d’un point de purement externe aux questions
morales sur lesquelles ils ont à prendre parti. Le point de vue interne est le seul
qui a une signification pour les acteurs. Mais on sait que même du point de vue
interne, il est encore difficile, devant les divergences observées sur les questions
morales de la part des juges, de fonder une solution en droit qui soit cohérente et
stable. Mais comme Dworkin le dit encore, ce n’est pas parce que les juges sont
en désaccord qu’il n’existe pas une solution juste et unique dans un cas donné.
Le scepticisme interne doit affronter lui-même l’affirmation que l’intégrité d’un
système est une réalité que le seul constat d’un désaccord en droit ne peut permettre
de nier.
Abstract: There has been little clarification of the so called Dworkinian distinction between
“external scepticism” and “internal scepticism”. Dworkin offers an answer
to the question of the possibility of a rational discussion of the values and norms
of the legal system by asserting the worthlessness [futility?] of an ontological discussion
about the objective knowledge of moral values. This distinction should
be understood as reflecting the thesis of a radical separation between moral and
metaphysical claims, emphasizing the absurdity of a metaphysical and external
approach to find an answer to moral questions. But this separation thesis itself
could be seen as a metaphysicial thesis.
So the Dworkinian argument is perhaps more simply a proposition for a more
pragmatic approach to legal questions: to understand the moral question and
the legal question as moral one in their meaning by the judges themselves as
commited actors in the legal system. These meanings are necessarily an internal
meaning in the moral world and in the legal system, as far as the judges are part
of the legal system, can not put themselves outside and above the moral questions
they are called upon to answer.
But even from the internal point of view, the moral question remains a difficult
one, taking in consideration the observed inconsistency in the judge’s legal
and moral opinions. But Dworkin said that it is not because judges disagree that
there is not a stable and just solution for a given legal question in a given legal
system. The internal sceptics have to affront themselves the dworkinian assertion
that a legal system possess an integrity that is above the legal disagreement.

